Projet d’exposition de 40 photographies de Marina Obradovic, réinterprétées par douze artistes :
« Batrini United »
(Les portraits anti-Botox* de nos grands parents imaginaires)
(* Botox : Toxine Botulique utiliser en injection pour gommer les rides d’expressions !)
Ne jetez pas vos vieux ! On vous les rachète !
(Proverbe rom)
Rares sont ceux d’entre nous qui n’essaient pas de rendre moins visible le passage du temps.
On rêve de multiplier les centenaires, mais on ne supporte pas que les visages et les corps affichent les marques du temps :
On rejette, et cache parfois, les personnes âgées qui ne sont plus productives. Tant que nous avons des projets, nous avons un futur, et tant que nous sommes actifs, nous sommes vivants : increvables ! Nous ne sommes pas vieux !
Une autre peur liée au vieillissement est celle de se devenir étranger, de ne pas se reconnaître dans le miroir… D’où le recours à l’artifice.
Désormais, la séduction passe par l’image et le glissement de la norme provoque des envies « d’ardoise magique ». Mais on n’arrête pas le temps, son déroulement est irréversible et à force de vouloir effacer ses rides, ne s’efface t-on pas soi-même ?
Avec les progrès de la chirurgie esthétique, les visages sans âge se multiplient, et à force, tout le monde fini par se ressembler, la peur de paraître vieux transcende la spiritualité et la raison, l’apparence devient obsession, tous les moyens sont bons pour rester jeune (2 140 000 résultats sur Google en tapant « rester jeune »). Beaucoup préfèrent s’apparenter à un clone plutôt qu’à une personne âgée (ou à soi-même !). Tout ce qui a fait la grandeur d’une vie et qui se voit sur un visage est mis à part, de côté, se cache. On efface ce que l’on a peur de devenir : Vieux.
La société « Botox » a donc peur de vieillir mais aussi de mourir. Parler de la mort est devenu tabou, n’est pas poli.
J’ai choisi de lire dans les rides de nos aïeuls.
La notion de beauté est un point de vue subjectif. Elle n’est pas exclusivement plastique et n’est pas réservée à la jeunesse. Elle existe aussi chez les vieux et j’aimerais la montrer à travers mes photographies.
Une douceur, une plénitude apparaît avec l’âge, un détachement au sens du « lâcher prise », du recul par rapport aux évènements. Je perçois souvent du calme et de la sagesse chez les personnes très âgées. Le temps et les évènements vécus nous marquent, nous sculptent, se gravent sur nos corps et notre peau. Ils nous transforment et révèlent nos différences profondes. Ces marques du temps retracent une vie entière. Nos rides parlent, les masquer c’est se taire et renoncer à ce que nous sommes, c’est travestir notre personnalité.
Je voyage et photographie le peuple rom, les voyageurs et les paysans des pays de l’Est depuis une vingtaine d’année. Ces portraits rassemblent plusieurs générations, des plus jeunes aux plus âgés. Ces gens, ces peuples, n’ont pas honte de leurs vieux, et ces personnes âgées, n’ont pas peur de leurs rides.
Les petits vieux que je photographie sont des gens simples. Ils habitent, la plupart du temps avec le reste de la famille. Ils ne sont pas exclus, ni placés dans des maisons de retraite, mais ont la chance de finir leurs jours chez eux, au milieu des leurs.
Le passé a construit ce qu’ils sont aujourd’hui et les vieux paysans n’ont pas besoin de paraître autre chose que cela : l’histoire, la tradition, les coutumes, le savoir d’une vie. La transmission.
Ils sont le symbole de l’éphémère de la vie et sont la preuve que nous devrions mieux appréhender la vie et la mort.
Parce que mes grands-parents voulaient notre bien, ils étaient aimants et rassurants, présents malgré la distance kilométrique qui nous séparait. Je regrette qu’ils ne soient plus là pour continuer à nous transmettre leurs connaissances. Ils me manquent, sans nostalgie exagérée, mais ils me manquent. Mes grands parents étaient pour moi le symbole de la solidité du couple. Leur vie a été à la fois, belle et très riche d’expériences, mais aussi dure et cruelle. Ils ont su traverser les épreuves, grâce au lien solide qui les unissait.
L’exposition Batrini United ( les vieux- en roumain- réunis), regroupe une série de portraits, en noir et blanc, de petits vieux et petites vieilles, que j’ai photographiés ces dernières années en Roumanie, Hongrie, Serbie et Italie.
30 photographies tirées sur toile de coton (format : 70x70 cm) et repeintes par une douzaine d’artistes, d’horizons et de styles différents ; 10 autres photographies (100x100cm) exposées sans retouche. Je propose un travail d’échange, une collaboration, un mélange, un partage en toute liberté.
Différents artistes intervenant sur un des thèmes qui revient souvent dans mes photographies.
L’idée est inspirée par les nombreux portraits suspendus aux murs des maisons paysannes ou roms, portraits des ancêtres, piliers de la maison et de la famille (ils nous regardent et nous protègent, comme les personnages des fresques et icônes des églises orthodoxes). Ce sont des photographies très statiques, noires et blanches et repeintes.
J’aimerais aussi que ces portraits soient le symbole d’une mémoire collective et qu’ils aient un aspect universel. Ces personnages sont anonymes. Je souhaite reformer des couples entre Roumaines et Italiens qui ne se connaissent absolument pas. Mélanger les origines et grâce à l’intervention des peintres, réinventer une histoire qui pourrait être celle de nos grands-parents imaginaires.
Une première expérience avec le peintre italien, Marco Bailone, m’a donné envie de poursuivre cet acte créatif en binôme qui a été enrichissant réciproquement.
On peut interpréter la même musique à plusieurs, pourquoi ne pas former un « orchestre de peintres », autour de la même œuvre.
Tant que je semble encore actif, j’ai un avenir et je ne suis donc pas : vieux.
Les peintres sont (par ordre alphabétique):
Marco Bailone, Italien (vit dans le Piémont).
marco@bailone.it / www.bailone.it / + 39 333 17 922 40
Edith Baudrand, Française (vit à Paris)
France Everard, Belge (vit en Belgique).
france.everard@scarlet.be / www.france.everard.com
+ 32 479 26 76 34
Catherine Fayard, Française (vit à Montpellier)
06 24 21 12 41 / cat.fayard@orange.fr
Sarah Fistol , Française (vit dans les Cévennes)
04 66 31 58 35 / musedejaracasse@yahoo.fr
Silvia Guerra, Italienne (vit dans les Corbières)
Sil75via@yahoo.it / 06 65 23 98 07
Philippe Guitton, Français,(vit dans les Cévennes)
06 65 31 91 02 et 04 66 45 90 52
Isabelle Langlois, Française, (vit à Rouen)
Daniela Montecinos, Chilienne, (vit à Nîmes)
Nadine Nasinovic, Française (vit dans la Drôme)
04 75 90 29 10 / nasinovicnadine@orange.fr / www.nasinovicnadine.com
Vincent Sojic , Yougo/Canadien (vit à Marseille)
06 59 11 68 86 / myspace.com/vincentsojic
Geertje Vangenechten, Belge (vit à Bruges)
+ 32 485 91 56 32 / tattoo_geertjehotmail.com
Participation à la caravane Mir.
France Everard pour ARTS NOMADES
Septembre 2007. Battue par les vents, la Pointe du Crozon en Bretagne, le Bout du Monde, les Convergences, organisées par le CITI, le Centre International des Théâtres Itinérants, réunissent une centaine d’artistes revenus de leurs tournées estivales pour des rencontres professionnelles et festives. En tant que membre du CITI avec la compagnie Arts Nomades, je suis présente.
Sous un chapiteau où sont rêvés les projets à venir un drôle de bonhomme, parle d’un projet insensé avec son accent anglais : rejoindre Moscou en partant de Paris avec quelques compagnies de théâtre et dans chaque grande ville traversée présenter un spectacle crée pour l’occasion. Un projet excitant, certes, mais tellement irréaliste !
A l’époque, je ne connaissais pas du tout John Kilby.
Juillet 2008. Sous le soleil exactement, Villeneuve-les-Avignon. Plaine de l’Abbaye, le festival de théâtre itinérant, organisé par la mairie déroule ses spectacles et voit défiler chaque jour, ses dizaines d’artistes et ses milliers de spectateurs. Pourtant, aujourd’hui, comme s’ils ne souciaient plus de la canicule, les passants cessent de passer.
Ils s’arrêtent et regardent des toiles suspendues sur de curieux chevalets en bambou.
Sur une proposition du CITI, sur cette même plaine, j’ai accroché mon œuvre, inspirée de ces artistes du voyage : les comédiens itinérants, ceux-là même qui jouent sur le site, ceux-là même que j’ai croqués au Crozon.
Revenons à cet été 2008. John Kilby ( fondateur du Footsbarn Travelling Theater) ainsi que Nele Paxinou, fondatrice des Baladins du Miroir sont
présents sur le site. John à toujours son idée en tête. Mais le rêve s’est déjà bien structuré : rééditer ce voyage théâtral qu’il fit en 1989, juste avant la chute du Mur de
Berlin. Voyage qui fit traverser une caravane de plus de 160
artistes depuis Moscou vers Paris, avec à chaque étape du voyage, une représentation imaginée en cours de route. Refaire ce même voyage.
Depuis, 2007, l’idée a grandi, le projet est devenu la MIR Caravane, et John, qui avait déjà apprécié mon travail à Avignon a tout naturellement pensé à m’inviter pour faire partie de ce nouveau convoi.
De mon côté mon travail plastiques et le projet Itinérances « borders and lines » continuent et la recherche de la frontière et de ce qui nous sépare me semble de plus en plus faible : la première frontière c’est la peau…
Comment refuser. Depuis toujours, mon inspiration est bercée par ces artistes du voyage qui saisissent comme prétexte d’aller jouer un spectacle pour enfourcher chevaux et roulottes ou camions et caravanes et rencontrer d’autres ailleurs.
Au cours de ce déplacement j’ai proposé à la MIR Caravane d’être un livre ouvert sur l’histoire quotidienne de ce projet. Dans une caravane (une vraie caravane) collationner tous les détails peints être une trace de ce voyage…une trace plastique et artistiques, une réflexion et une recherche sur que sont ces frontières et que sont nos limites.
« Itinérances », regroupement d’artistes plasticiens initié par France Everard propose un panel de travaux artistiques empreints d’itinérance ;
une exposition
regroupant des artistes nomades par l’œuvre ou par la vie,
une exposition elle-même itinérante.
Itinérances tient à faire découvrir des personnes et des artistes pour qui le voyage est partie intégrante de la vie, qu’il s’agisse de
Tziganes, de personnes qui ont fait ce choix ou d’artistes. Certains travaillant dans des compagnies itinérantes, d’autres enrichissant de manière permanente leur art de
voyages.
Itinérances propose un échantillon de la diversité qu’apporte l’itinérance…et une réflexion sur celle-ci
